Les clés sont remises depuis des semaines. Le procès-verbal de livraison listait des réserves : une porte-fenêtre qui frotte, un carrelage fendu, une tache d’humidité au plafond. Depuis, le promoteur promet un passage des entreprises, puis repousse, puis ne répond plus.
Cette situation est l’une des plus fréquentes que nous rencontrons après une vente en l’état futur d’achèvement. Elle n’a rien d’une fatalité, mais elle obéit à des délais stricts que beaucoup d’acquéreurs découvrent trop tard. Une lettre recommandée de plus ne protège pas vos droits : seul un acte précis, au bon moment, le fait.
Vous trouverez ici ce que dit vraiment la loi sur les réserves VEFA non levées, la date limite à ne jamais dépasser, un calculateur pour la situer, et la méthode pour obtenir la reprise des défauts, à l’amiable si possible, devant le juge si nécessaire.
Identifiez votre situation, on vous oriente vers la bonne section
- Le promoteur ne répond plus et vos réserves restent en l’état
- Vous ne savez pas combien de temps il vous reste pour agir
- Vous avez consigné 5 % du prix et le promoteur réclame le solde
- Vos réserves concernent des défauts graves : infiltrations, fissures, équipements
- Vous envisagez de saisir le juge contre le promoteur
Sans engagement. 15 minutes au téléphone avec un expert. Vous repartez avec une orientation, pas un devis.
01 · Faire le pointRéserves non levées après la livraison : où en êtes-vous vraiment ?
Avant de choisir un recours, il faut savoir précisément ce qui reste à reprendre, qui doit le reprendre et depuis quand. Beaucoup de dossiers se compliquent parce que l’acquéreur mélange les réserves du procès-verbal, les défauts apparus ensuite et les promesses orales du promoteur.
Deux contrats, deux procès-verbaux, deux calendriers
Vous
Acquéreur en VEFA, propriétaire du logement
Contrat de vente
PV de livraison et réserves. Garantie des vices apparents (art. 1642-1 et 1648 C. civ.)
Le promoteur
Vendeur et maître d’ouvrage jusqu’à la réception
Marchés de travaux
PV de réception. Garantie de parfait achèvement, un an (art. 1792-6 C. civ.)
Les entreprises
Plombier, menuisier, carreleur, étancheur…
Aucun contrat direct entre vous et les entreprises : vos réserves se réclament au promoteur, qui mobilise ses entreprises.
Les garanties décennale et biennale vous sont transmises par le vendeur à compter de la réception (art. 1646-1 C. civ.). La garantie de parfait achèvement ne figure pas dans cette liste.
Une réserve, c’est un défaut que vous avez refusé d’accepter
Lors de la livraison, vous constatez l’état du logement avec le vendeur. Chaque défaut visible noté au procès-verbal devient une réserve : vous prenez possession du bien, mais vous n’acceptez pas ce défaut. Le déroulé de cette journée et la façon de rédiger les réserves sont détaillés dans notre article sur le procès-verbal de livraison en VEFA.
Une réserve n’est pas une simple remarque. C’est la trace écrite qui permettra plus tard de prouver que le défaut existait dès la remise des clés, et que le vendeur en a été informé.
Votre seul interlocuteur : le promoteur vendeur
En VEFA, vous n’avez signé aucun contrat avec le plombier, le menuisier ou le carreleur. Votre contrat vous lie au vendeur, c’est-à-dire au promoteur. C’est lui qui doit faire lever les réserves, en mobilisant ses entreprises.
Quand une entreprise tarde ou a quitté le chantier, le promoteur reste tenu envers vous. Le fait que le sous-traitant ne réponde pas n’est donc pas un motif recevable pour laisser vos réserves en l’état.
Pourquoi les réserves traînent si souvent
Sur ce type de dossier, on constate souvent les mêmes causes. Les entreprises ont été payées et sont parties sur d’autres chantiers, les réserves de dizaines de logements s’accumulent, et chaque intervention se négocie au cas par cas.
S’y ajoute un décalage de calendrier : la réception des travaux entre le promoteur et les entreprises a souvent eu lieu avant votre livraison. Ce décalage pèse sur les garanties, comme on le verra plus bas.
La réserve levée sur le papier, mais pas dans les faits
Un piège fréquent : on vous présente un document de levée des réserves à signer après une intervention rapide. Avant de signer, vérifiez chaque point sur place. Une porte rabotée qui frotte encore n’est pas une réserve levée.
Si un point n’est pas repris correctement, ne signez pas la levée pour ce point. Notez sur le document, de votre main, les réserves qui restent ouvertes. Si la livraison elle-même a eu lieu en retard, ce litige se traite à part, comme nous l’expliquons dans notre page sur le retard de livraison en VEFA.
Défauts réservés et défauts découverts ensuite
Les défauts notés le jour de la livraison et ceux qui apparaissent dans le mois qui suit relèvent de la même garantie des vices apparents. Ceux qui surgissent plus tard relèvent d’autres garanties. Faire ce tri dès le départ évite d’engager une procédure sur un mauvais fondement.
« Une lettre recommandée de plus ne protège pas vos droits : seul un acte précis, au bon moment, le fait. »
02 · Le cadre légalQuel délai pour lever les réserves en VEFA ? Ce que dit vraiment la loi
C’est la question la plus recherchée, et la réponse surprend : la loi n’impose pas au promoteur de délai précis pour lever les réserves. En revanche, elle vous impose à vous un délai très strict pour agir. Tout le reste découle de cette asymétrie.
Exemple : réception des travaux trois mois avant la remise des clés
Échelle en mois à partir de la réception. Les durées viennent des articles 1642-1, 1648 et 1792-6 du Code civil ; l’écart de trois mois est un exemple.
Garantie de parfait achèvement promoteur et entreprises, mois 0 à 12
Mois qui suit la remise des clés mois 3 à 4
Délai pour saisir le juge vous, mois 4 à 16
Mois 3
Remise des clés, PV de livraison
Mois 4
Le vendeur peut être déchargé, le délai d’un an démarre
Mois 12
Fin de la garantie de parfait achèvement
Mois 16
Dernier jour pour saisir le juge
Aucun délai légal ne s’impose au promoteur
Ni le Code civil ni le Code de la construction et de l’habitation n’imposent au promoteur un délai chiffré pour lever les réserves en VEFA. Interrogé à l’Assemblée nationale sur la protection des acquéreurs sur plan, le ministère du Logement n’a fixé aucun délai de cet ordre dans sa réponse publiée au Journal officiel le 9 juillet 2019.
Un délai peut toutefois figurer dans votre acte de vente, dans le procès-verbal de livraison ou dans un courrier du promoteur. Relisez ces documents : un engagement écrit de reprendre les défauts dans un délai donné vous sera très utile.
Votre délai à vous : un an après la date de décharge du vendeur
Deux articles du Code civil encadrent les défauts apparents en VEFA. L’article 1642-1 prévoit que le vendeur ne peut être déchargé des vices de construction ou des défauts de conformité apparents ni avant la réception des travaux, ni avant l’expiration d’un mois après votre prise de possession.
L’article 1648 ajoute que l’action doit être introduite, à peine de forclusion, dans l’année qui suit la date à laquelle le vendeur peut être déchargé. Passé ce délai, la garantie des vices apparents est perdue, même si le promoteur avait promis oralement de tout reprendre.
Le vrai point de départ : la date la plus tardive
Le délai d’un an ne part pas de la signature du procès-verbal. Il part de la plus tardive de deux dates : la réception des travaux par le promoteur, ou l’expiration du mois qui suit votre prise de possession. En pratique, la réception précède en général la livraison, si bien que le délai court le plus souvent jusqu’à un an et un mois après la remise des clés.
Ce que « introduire l’action » veut dire
Introduire l’action signifie saisir un juge, par une assignation au fond ou en référé. Une lettre recommandée, même avec accusé de réception, n’arrête pas le compte à rebours. C’est l’erreur la plus coûteuse que nous voyons.
Le piège de la garantie de parfait achèvement
La garantie de parfait achèvement de l’article 1792-6 du Code civil dure un an à compter de la réception des travaux. Elle lie les entreprises au maître d’ouvrage, c’est-à-dire au promoteur, et non directement à vous.
L’article 1646-1 du Code civil transmet à l’acquéreur les garanties décennale et biennale, mais pas celle-ci. Si la réception date de plusieurs mois avant votre livraison, l’année de parfait achèvement peut s’achever bien avant votre propre délai. Notre article sur la garantie de parfait achèvement détaille ce mécanisme.
Un engagement écrit de réparer change la donne
La Cour de cassation a jugé, le 29 octobre 2003, que l’action fondée sur un engagement du vendeur de réparer les désordres n’est pas soumise au délai d’un an. Cette décision est reprise dans la base de jurisprudence de l’ANIL.
Encore faut-il un acte positif du vendeur, distinct du procès-verbal de livraison : un courrier, un compte rendu signé, un planning d’intervention qu’il a établi. Conservez précieusement tout écrit de ce type, sans compter dessus pour laisser filer le délai d’un an.
Le promoteur n’a pas de délai légal pour lever les réserves, mais vous avez un an, à compter de la plus tardive entre la réception et un mois après la remise des clés, pour saisir le juge. Une lettre recommandée n’arrête pas ce délai.
03 · L’outilCalculez vos dates limites en 30 secondes
Le calcul est simple sur le papier, mais les dates se confondent vite. Renseignez la date de remise des clés, et la date de réception des travaux si vous la connaissez. Elle figure parfois dans les documents remis par le promoteur ou le syndic.
Vos dates limites après une livraison VEFA
Résultat indicatif, fondé sur les articles 1642-1 et 1648 du Code civil. Il ne tient pas compte d’un engagement écrit de réparer, ni d’une procédure déjà engagée. Seule une demande en justice interrompt le délai. Pour votre cas précis, appelez-nous ou consultez un avocat.
Lisez les cartes dans l’ordre. La première date vous dit jusqu’à quand signaler par écrit un défaut apparu depuis la remise des clés. La deuxième est la plus importante : c’est la dernière date pour saisir le juge sur les défauts apparents. La troisième, si vous connaissez la réception, indique jusqu’à quand le promoteur peut faire jouer la garantie de parfait achèvement auprès de ses entreprises.
Si la date limite approche, ne perdez pas de temps en relances supplémentaires. Une demande en référé, même portée au dernier moment, interrompt le délai. Nous détaillons plus bas comment elle fonctionne et quel nouveau délai elle fait courir.
Si la date est dépassée, tout n’est pas perdu pour autant. Les défauts graves peuvent relever de la garantie décennale, et un engagement écrit du promoteur peut fonder une action distincte. Un diagnostic précis s’impose alors.
04 · La voie amiableRelancer le promoteur sans perdre de temps : la méthode écrite
Une démarche amiable bien menée suffit souvent à débloquer la situation. Mais elle doit être organisée, datée et écrite, avec une échéance claire. Les échanges oraux, les promesses au téléphone et les messages au conducteur de travaux ne laissent pas de trace exploitable.
Une seule marche arrête le délai d’un an
État des réserves
Tableau ligne par ligne, photos datées
Arrête le délai ?
Non
Relance écrite
Liste des réserves, demande d’un planning
Arrête le délai ?
Non
Mise en demeure
Délai ferme, rappel de l’article 1642-1
Arrête le délai ?
Non
Demande en justice
Référé ou action au fond (art. 2241 C. civ.)
Arrête le délai ?
Oui
Dresser l’état précis des réserves restantes
Reprenez le procès-verbal ligne par ligne. Pour chaque réserve, notez si elle a été levée, partiellement reprise ou laissée en l’état, avec la date de chaque intervention. Ajoutez les défauts signalés par écrit dans le mois suivant la livraison.
Photographiez chaque point avec une vue d’ensemble et un gros plan, et conservez les fichiers d’origine, qui portent la date de prise de vue. Ce tableau deviendra la pièce centrale de votre dossier, quelle que soit la suite.
La relance écrite, avec une échéance
Envoyez au promoteur un courrier recommandé avec accusé de réception, ou un courriel suivi d’un recommandé, qui liste les réserves restantes et demande une date d’intervention. Fixez un délai raisonnable, par exemple quinze jours pour obtenir un planning.
Chaque relance écrite liste les réserves restantes et fixe une échéance précise.
Restez factuel. Un ton calme et précis vous servira davantage, devant un expert ou un juge, qu’un courrier agressif.
La mise en demeure
Sans réponse satisfaisante, la mise en demeure formalise l’étape suivante. Elle rappelle le procès-verbal, l’article 1642-1 du Code civil, la liste des réserves non levées, et fixe un délai ferme d’exécution, faute de quoi vous saisirez la justice. Vous pouvez vous appuyer sur notre modèle de lettre de mise en demeure pour travaux non conformes, à adapter à la VEFA.
Ce qu’un courrier ne fait pas
Aucun courrier, aussi ferme soit-il, n’interrompt le délai d’un an de l’article 1648. Le calendrier de vos relances doit donc être calé sur la date limite, et non l’inverse.
Si votre délai expire dans moins de trois mois, menez en parallèle la relance amiable et la préparation d’une action. Ce n’est pas de l’agressivité, c’est de la prudence.
Garder toutes les preuves
Conservez les accusés de réception, les courriels, les comptes rendus de visite, les rendez-vous annulés par les entreprises. Notez aussi les jours où vous avez dû rester chez vous pour une intervention qui n’a pas eu lieu.
Ces éléments servent à démontrer l’inaction du vendeur, et parfois à chiffrer un préjudice. Un juge apprécie un dossier ordonné et daté.
Relancez par écrit, avec une échéance, puis mettez en demeure. Mais calez toujours ce calendrier amiable sur votre date limite : la relance du promoteur ne suspend jamais le délai d’un an.
05 · Le levier financierLes 5 % consignés : votre levier, et ses limites
La consignation du solde est souvent présentée comme l’arme absolue de l’acquéreur. C’est un vrai levier, mais il se joue au moment de la livraison, et il ne remplace pas une action en justice.
Plafonds cumulés des paiements, puis le sort des 5 % restants
35 %
Achèvement des fondations
70 %
Mise hors d’eau
95 %
Achèvement de l’immeuble
Solde
À la mise à disposition, ou consigné si la conformité est contestée
Solde payé à la remise des clés
Consignation impossible
Restent la mise en demeure et la demande en justice dans le délai d’un an.
Solde non payé, contestation sérieuse
Solde consigné chez un tiers
Libéré après un constat écrit de la levée des réserves.
Source : article R261-14 du Code de la construction et de l’habitation.
Ce que permet l’article R261-14 du Code de la construction
Pour un logement acheté en VEFA, les paiements sont plafonnés à 95 % du prix à l’achèvement de l’immeuble. L’article R261-14 du Code de la construction et de l’habitation prévoit que le solde est payable lors de la mise à disposition du local, mais qu’il peut être consigné en cas de contestation sur la conformité avec les prévisions du contrat.
Concrètement, ce solde de 5 % est déposé auprès d’un tiers, par exemple le notaire, au lieu d’être versé au promoteur. Il reste bloqué jusqu’à la résolution du désaccord.
Quand la consignation n’est plus possible
Si vous avez réglé 100 % du prix à la remise des clés, il n’est plus question de consigner après coup. Le levier disparaît au moment où le solde est payé.
Le texte vise une contestation sur la conformité. Une liste de réserves sérieuses, précises et documentées appuie cette contestation. Une poignée de défauts d’aspect mineurs la fragilise.
Le promoteur réclame le solde : que faire ?
Tant que les réserves qui justifient la consignation ne sont pas levées, vous pouvez opposer cette contestation à la demande de paiement. Répondez par écrit, en rappelant la liste des réserves restantes et leur état.
Quand les réserves sont levées, la libération des fonds suit. Prévoyez qu’elle se fasse sur la base d’un constat écrit et contradictoire de la levée, pour éviter qu’un point oublié ne soit réglé sans avoir été repris.
Ne pas transformer la consignation en blocage
La consignation sert à garantir la reprise des défauts. Elle ne règle pas, à elle seule, le litige. Si le promoteur ne bouge pas, les fonds restent bloqués, mais vos réserves aussi.
Et surtout, la consignation n’interrompt pas le délai d’un an. Un acquéreur qui a consigné peut, comme les autres, laisser filer la date limite.
La consignation du solde se décide à la livraison et suppose une contestation sérieuse de la conformité. Elle fait pression sur le promoteur, mais elle n’arrête pas le délai d’un an pour agir.
06 · La preuve techniqueFaire constater les réserves par un expert indépendant
Entre l’acquéreur qui affirme et le promoteur qui conteste, le débat tourne vite en rond. Un constat technique, établi par un expert du bâtiment, transforme une liste de griefs en éléments objectifs, mesurés et argumentés.
Plus le constat est contradictoire, plus il pèse
Votre liste de réserves
Qui l’établit
Vous
Promoteur présent
Non
Ce qu’elle apporte
Une trace écrite des défauts
Expertise amiable
Qui l’établit
Un expert que vous mandatez
Promoteur présent
Pas nécessairement
Ce qu’elle apporte
Analyse technique, mesures, photos légendées
Expertise contradictoire
Qui l’établit
Votre expert, promoteur convoqué
Promoteur présent
Oui, il fait ses observations
Ce qu’elle apporte
Une base pour un accord de reprise
Expertise judiciaire
Qui l’établit
Un expert désigné par le juge (art. 145 CPC)
Promoteur présent
Oui, comme partie
Ce qu’elle apporte
Un rapport versé au procès
Le choix dépend de l’enjeu, du comportement du promoteur et du temps qu’il reste avant la date limite.
Pourquoi un constat technique pèse plus qu’une liste
Une réserve rédigée par l’acquéreur dit « carrelage fendu ». Un expert précise la localisation, l’étendue, la cause probable, la règle de l’art concernée et la nature de la reprise. Le promoteur ne peut plus répondre par un simple « ce n’est rien ».
L’expert distingue aussi ce qui relève d’un défaut d’aspect, d’une non-conformité aux documents contractuels ou d’un désordre plus grave. Ce tri oriente vers la bonne garantie et la bonne procédure.
Ce que contient un rapport d’expertise
Le rapport reprend chaque réserve, son état au jour de la visite, des photographies légendées, les mesures utiles et une analyse technique. Il propose, quand c’est pertinent, la nature des travaux de reprise.
Le rapport reprend chaque réserve, son état au jour de la visite et les photos qui le prouvent.
Ce document devient la pièce maîtresse d’une mise en demeure, d’une discussion avec le promoteur, d’une déclaration à l’assurance, ou d’une procédure devant le juge.
L’expertise amiable et contradictoire
Une expertise est dite contradictoire quand le promoteur est convoqué et peut faire valoir ses observations pendant la visite. Elle pèse davantage qu’une expertise menée seul, et elle débouche souvent sur un accord de reprise.
Les différences entre expertise amiable, contradictoire et judiciaire sont expliquées dans notre article expertise amiable, contradictoire ou judiciaire : laquelle choisir.
L’expertise judiciaire, ordonnée par le juge
L’article 145 du Code de procédure civile permet de demander au juge, avant tout procès, une mesure d’instruction quand il existe un motif légitime d’établir la preuve de faits. Pour un immeuble, c’est le tribunal du lieu de situation du bien qui est compétent.
L’expert judiciaire est alors désigné par le juge. Une expertise amiable préalable, bien documentée, aide à justifier ce motif légitime et à cadrer sa mission.
Observation terrain
D’après notre expérience chez Score Expertises, les dossiers qui se débloquent le plus vite sont ceux où l’acquéreur arrive avec un état des réserves précis et daté. À l’inverse, les dossiers les plus longs commencent souvent par des mois de relances orales, sans aucun écrit exploitable.
Premier diagnostic téléphonique gratuit, sans engagement. Réponse sous 24 h ouvrées.
07 · La voie judiciaireSaisir le juge : référé, action au fond et piège du nouveau délai
Quand la voie amiable échoue, ou quand la date limite approche, la saisine du juge devient nécessaire. Elle se prépare idéalement avec un avocat, l’expert apportant la base technique. Cette étape est aussi celle où les erreurs de calendrier coûtent le plus cher.
Même départ, deux issues opposées
Étape 1
Assignation en référé
Avant la date limite, elle interrompt le délai (art. 2241 C. civ.)
Étape 2
Ordonnance du juge
Un nouveau délai d’un an commence
Étape 3
Expertise judiciaire
Le délai n’est pas suspendu pendant les opérations
Scénario à risque
Assigner au fond après le rapport
Si le rapport arrive plus d’un an après l’ordonnance, l’action est forclose.
Scénario sécurisé
Assigner au fond dans l’année
Puis demander au tribunal de surseoir à statuer jusqu’au rapport.
Le référé interrompt le délai d’un an
L’article 2241 du Code civil prévoit que la demande en justice, même en référé, interrompt le délai de prescription ainsi que le délai de forclusion. Une assignation en référé expertise délivrée avant la date limite sauve donc l’action.
L’article 2242 du Code civil précise que cette interruption produit ses effets jusqu’à l’extinction de l’instance, c’est-à-dire, pour un référé, jusqu’à l’ordonnance du juge.
Après l’ordonnance, un nouveau délai d’un an
C’est le piège le moins connu. Une fois l’ordonnance de référé rendue, un nouveau délai d’un an recommence à courir. La Cour de cassation l’a rappelé dans un arrêt du 11 juillet 2019 (n° 18-17.856).
D’après notre expérience, une expertise judiciaire dure souvent plusieurs mois, et peut dépasser un an. Si vous attendez le rapport pour assigner au fond, vous risquez d’être forclos alors même que l’expert vous donne raison.
« Si vous attendez le rapport pour assigner au fond, vous risquez d’être forclos alors même que l’expert vous donne raison. »
Pas de suspension pendant l’expertise
L’article 2239 du Code civil suspend la prescription pendant une mesure d’instruction ordonnée avant procès. Mais la Cour de cassation juge que cette suspension ne s’applique pas au délai de forclusion de l’article 1648 (troisième chambre civile, 3 juin 2015, n° 14-15.796).
La parade, à valider avec votre avocat : assigner au fond dans le nouveau délai d’un an, puis demander au tribunal de surseoir à statuer jusqu’au dépôt du rapport d’expertise.
Obtenir l’exécution des travaux en référé
L’article 835 du Code de procédure civile permet au juge des référés, quand l’obligation n’est pas sérieusement contestable, d’accorder une provision ou d’ordonner l’exécution d’une obligation, même s’il s’agit d’une obligation de faire. Des réserves inscrites au procès-verbal et documentées par un rapport peuvent appuyer une telle demande.
L’action au fond et l’indemnisation
Devant le tribunal, vous pouvez demander la reprise des défauts, éventuellement sous astreinte, ou une somme correspondant au coût des travaux. L’article 1642-1 précise qu’il n’y a pas lieu à résolution du contrat ou à diminution du prix si le vendeur s’oblige à réparer.
Des dommages et intérêts peuvent s’y ajouter, à condition de démontrer un préjudice réel : troubles de jouissance, frais engagés, jours de congé perdus. Chaque poste se prouve par pièces.
L’avocat, l’expert : deux rôles distincts
L’expert du bâtiment établit les faits techniques. L’avocat construit la stratégie juridique et rédige les actes. Une expertise ne remplace jamais un conseil juridique, et un avocat a besoin d’un dossier technique solide pour plaider.
Le référé interrompt le délai, mais l’ordonnance fait courir un nouveau délai d’un an, qui n’est pas suspendu pendant l’expertise. N’attendez pas le rapport pour assigner au fond.
08 · Les désordres gravesRéserves graves : quelles garanties et quelle place pour la dommages-ouvrage ?
Certaines réserves ne relèvent pas du simple défaut de finition : infiltrations, fissures traversantes, équipements hors service. Elles ouvrent des voies supplémentaires, avec leurs propres délais et leurs propres conditions.
Quatre défauts types dans un logement neuf, et la voie qui s’y rattache
- 1Infiltration au plafond qui s’aggrave : vices apparents si réservée, voire décennale et dommages-ouvrage selon sa gravité.
- 2Porte-fenêtre qui frotte, réservée à la livraison : garantie des vices apparents, délai d’un an.
- 3Carrelage fendu, réservé à la livraison : garantie des vices apparents, délai d’un an.
- 4Volet roulant en panne après la livraison : garantie biennale, équipement dissociable.
Les garanties que le vendeur vous doit après la réception
L’article 1646-1 du Code civil rend le vendeur d’immeuble à construire tenu, à compter de la réception des travaux, des garanties dues par les constructeurs : la garantie décennale pour les dommages qui compromettent la solidité ou rendent l’ouvrage impropre à sa destination, et la garantie biennale pour les équipements dissociables.
Ces garanties bénéficient aux propriétaires successifs. Elles ne remplacent pas la garantie des vices apparents, mais elles prennent le relais pour les désordres qui relèvent de leur champ.
Un défaut réservé peut-il relever de la décennale ?
La garantie décennale vise les dommages qui surviennent après la réception, comme le rappelle la fiche Service-Public sur la garantie décennale. Un défaut déjà réservé à la livraison relève donc d’abord de la garantie des vices apparents et de son délai d’un an.
Fissure près d’une menuiserie neuve : seule l’analyse technique dit s’il s’agit d’un défaut d’aspect ou d’un désordre plus grave.
Mais un défaut peut s’aggraver ou révéler son ampleur après coup. Une infiltration réservée comme une simple tache peut, quelques mois plus tard, toucher la structure ou l’étanchéité. La qualification exacte relève alors d’une analyse technique au cas par cas.
L’assurance dommages-ouvrage pour les réserves non reprises
Le promoteur doit souscrire une assurance dommages-ouvrage, pour son compte ou celui des propriétaires successifs. L’article L242-1 du Code des assurances prévoit qu’elle prend effet après l’expiration de la garantie de parfait achèvement, mais qu’elle garantit aussi les réparations lorsque, après la réception, l’entrepreneur mis en demeure sans succès n’a pas exécuté ses obligations.
Cette garantie vise les dommages de nature décennale. Dans une affaire de marché public, le Conseil d’État a jugé le 31 octobre 2024 (n° 488920) que des réserves formulées à la réception ne font pas obstacle à cette indemnisation. Sa transposition à un dossier de VEFA s’apprécie au cas par cas. Les conditions de mise en jeu et les délais de l’assureur sont détaillés dans notre article sur la déclaration de sinistre en dommages-ouvrage.
Ce que la garantie de parfait achèvement ne vous donne pas
La garantie de parfait achèvement lie les entreprises au promoteur, maître d’ouvrage. L’article 1646-1 du Code civil, qui énumère les garanties transmises à l’acquéreur, ne la mentionne pas : en pratique, c’est au promoteur de la faire jouer.
Votre courrier au promoteur doit donc lui demander expressément de la faire jouer auprès de ses entreprises, avant la fin de l’année qui suit la réception. C’est aussi un argument à faire valoir dans une mise en demeure.
Pour une réserve grave, trois voies coexistent : la garantie des vices apparents, la garantie décennale si le désordre en relève, et la dommages-ouvrage sous conditions. La qualification technique du défaut décide de la voie à suivre.
09 · La copropriétéRéserves sur les parties communes : un dossier à part
Dans un immeuble neuf, les défauts ne touchent pas seulement votre logement. Hall, cage d’escalier, parking, toiture-terrasse, façade : ces parties communes suivent une logique différente, et c’est une source fréquente de confusion.
Votre logement d’un côté, les parties communes de l’autre
Parties privatives
Qui signale
Vous
À qui
Le promoteur vendeur
Document de référence
Le PV de livraison de votre lot
Parties communes
Qui suit
Le syndic, avec le conseil syndical
À qui
Le promoteur, par l’intermédiaire du syndic
Document de référence
Le PV de livraison des parties communes
Cas mixte : une infiltration venue d’une partie commune qui abîme votre logement se documente des deux côtés.
Qui réserve et qui agit pour les parties communes
Les parties communes concernent l’ensemble des copropriétaires. Leurs réserves se suivent collectivement, par l’intermédiaire du syndic, et non par chaque acquéreur isolément.
Demandez rapidement au syndic le procès-verbal de livraison des parties communes et l’état de ses réserves. Ce document permet de vérifier que les défauts que vous constatez y figurent bien.
Ce que vous pouvez faire comme copropriétaire
Signalez par écrit au syndic les défauts constatés dans les parties communes, avec photos. Demandez que la question des réserves non levées soit inscrite à l’ordre du jour de l’assemblée générale.
Un conseil syndical actif, qui centralise les constats et suit les délais, change souvent la donne. Les mêmes délais stricts s’appliquent : le syndicat doit agir à temps.
Quand un défaut commun touche votre logement
Une infiltration depuis une toiture-terrasse ou une façade peut endommager votre appartement. Le défaut d’origine relève du syndicat, mais vos dommages privatifs vous concernent directement.
Dans ce cas, documentez les deux aspects séparément et coordonnez vos démarches avec celles du syndic. Une expertise peut établir le lien entre le désordre commun et les dégâts dans votre lot.
Coordonner réserves privatives et communes
Les réserves privatives se gèrent avec le promoteur, en votre nom. Les réserves communes passent par le syndic. Tenir deux tableaux distincts évite les doublons, les oublis et les échanges contradictoires avec le vendeur.
10 · L’accompagnementLe rôle de l’expert, et ce que coûte son intervention
Faire appel à un expert indépendant n’est pas réservé aux procédures. C’est souvent ce qui permet d’éviter d’en arriver là, en donnant au promoteur un dossier technique qu’il ne peut pas ignorer.
Ce qu’il faut savoir avant d’appeler
0 €
Premier diagnostic téléphonique
24 h ouvrées
Réponse au premier contact
590 € TTC
La majorité de nos expertises
7 à 15 jours ouvrés
Remise du rapport après la visite
Avant la date limite, pas après
Le meilleur moment pour solliciter un expert se situe bien avant la fin du délai d’un an. Il reste alors le temps d’une démarche amiable, d’une expertise contradictoire et, si besoin, d’une assignation préparée sereinement.
Plus tôt encore, l’expert peut vous accompagner le jour de la livraison, pour que chaque défaut soit correctement réservé. C’est l’objet de notre assistance à la livraison CCMI et VEFA, et le déroulé complet figure dans notre article sur les étapes clés de la livraison VEFA.
Ce que l’expert vérifie
Il reprend chaque réserve du procès-verbal, constate son état réel, recherche les défauts apparus depuis, et les rattache aux documents contractuels : notice descriptive, plans, règles de l’art. Il signale aussi ce qui pourrait relever d’une garantie plus longue.
Une visite d’expert avant la date limite laisse le temps d’une démarche amiable, puis d’une action si besoin.
L’œil nu ne suffit pas toujours. Une humidité persistante, un défaut d’étanchéité ou une fissure demandent des mesures et une lecture technique que l’acquéreur ne peut pas réaliser seul.
Expert du promoteur ou de l’assureur, expert indépendant
Le promoteur et les assureurs mandatent leurs propres techniciens. Leur travail est légitime, mais ils interviennent pour le compte de leur mandant. Un expert que vous mandatez vous-même examine le dossier sous votre angle, avec la même rigueur technique.
Le tarif et les délais
La majorité de nos expertises sont à 590 € TTC, quel que soit le sujet, réserves VEFA comprises. Ce tarif clair couvre la visite et le rapport, remis sous 7 à 15 jours ouvrés après la visite selon la complexité du dossier.
Rapporté au coût de reprise de plusieurs réserves, ou au risque de perdre définitivement la garantie des vices apparents, ce montant reste mesuré. Le premier appel, lui, ne coûte rien : quinze minutes suffisent pour savoir où vous en êtes.
Diagnostic téléphonique gratuit. Du lundi au vendredi, 9 h–12 h et 14 h–17 h.
Réserves non levées : l’essentiel en quatre gestes
Calculer votre date limite
Un an après la plus tardive de deux dates : la réception, ou un mois après la remise des clés.
Tout écrire et tout dater
Tableau des réserves, photos, relance, mise en demeure.
Faire constater
Un rapport d’expert transforme une liste en preuve technique.
Saisir le juge à temps
Seule une demande en justice arrête le délai, et l’ordonnance en relance un.
Vos questions les plus fréquentes sur les réserves VEFA non levées
Quel est le délai légal pour lever les réserves en VEFA ?
Ni le Code civil ni le Code de la construction et de l’habitation n’imposent au promoteur un délai chiffré pour lever les réserves, sauf engagement prévu dans l’acte ou le procès-verbal. En revanche, l’acquéreur doit saisir le juge dans l’année qui suit la plus tardive de deux dates : la réception des travaux, ou l’expiration d’un délai d’un mois après la prise de possession (articles 1642-1 et 1648 du Code civil).
Que se passe-t-il si les réserves ne sont pas levées dans l’année ?
Si aucune demande en justice n’a été introduite dans le délai, l’action fondée sur la garantie des vices apparents est forclose. Il peut rester d’autres voies : un engagement écrit du promoteur de réparer, ou la garantie décennale si le désordre en relève. Chaque situation est unique : un diagnostic précis permet de savoir ce qui reste possible.
Puis-je refuser de payer le solde tant que les réserves ne sont pas levées ?
L’article R261-14 du Code de la construction et de l’habitation permet de consigner le solde, en général 5 % du prix, en cas de contestation sur la conformité. Cette consignation se décide au moment de la mise à disposition du logement. Si vous avez déjà tout payé, elle n’est plus possible.
Une lettre recommandée suffit-elle à protéger mes droits ?
Non. La lettre recommandée est utile pour prouver que vous avez informé le promoteur et pour le mettre en demeure. Mais seule une demande en justice, même en référé, interrompt le délai d’un an (article 2241 du Code civil). Après une ordonnance de référé, un nouveau délai d’un an recommence à courir.
Combien coûte une expertise pour des réserves VEFA non levées ?
La majorité de nos expertises sont à 590 € TTC, quel que soit le sujet (fissures, humidité, malfaçons, VEFA, conseil avant achat). Ce tarif clair est un choix de positionnement : nous tenons à rester accessibles. Le devis dépasse rarement ce montant, sauf cas spécifiques comme les très grandes copropriétés, où le périmètre peut justifier un tarif jusqu’à 900 € TTC. Le premier diagnostic téléphonique est gratuit et sans engagement.
Sources
- •Légifrance, Code civil, article 1642-1, vices et défauts de conformité apparents du vendeur d’immeuble à construire
- •Légifrance, Code civil, article 1648, délai d’un an pour agir, à peine de forclusion
- •Légifrance, Code civil, article 1646-1, garanties dues par le vendeur à compter de la réception
- •Légifrance, Code civil, article 1792-6, réception et garantie de parfait achèvement
- •Légifrance, Code civil, article 2241, interruption du délai de forclusion par la demande en justice
- •Légifrance, Code de la construction et de l’habitation, article R261-14, échelonnement des paiements et consignation du solde
- •Légifrance, Code des assurances, article L242-1, assurance dommages-ouvrage
- •ANIL, jurisprudence, VEFA, vices apparents, délai d’action, Cour de cassation, troisième chambre civile, 29 octobre 2003
- •Assemblée nationale, question écrite n° 17079, protection des acquéreurs en VEFA, réponse publiée au Journal officiel le 9 juillet 2019
- •Dictionnaire juridique, Cour de cassation, troisième chambre civile, 3 juin 2015, n° 14-15.796, l’article 2239 ne s’applique pas au délai de forclusion
- •CMS, cabinet d’avocats, action en garantie des vices apparents, point de départ du délai et Cour de cassation, 11 juillet 2019, n° 18-17.856
- •Ministère de l’Économie, Lettre de la DAJ, Conseil d’État, 31 octobre 2024, n° 488920, dommages-ouvrage et désordres réservés