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Constructeur en faillite : que faire pour sauver votre chantier ?

28 • Sep • 2026 | CCMI

Le chantier est à l’arrêt depuis des semaines. Votre constructeur ne répond plus, ou un courrier vient de vous apprendre qu’il est en redressement judiciaire. Vous avez déjà versé une bonne partie du prix, et votre maison n’est qu’à moitié sortie de terre.

Cette situation n’a plus rien d’exceptionnel. Les défaillances d’entreprises du bâtiment se sont multipliées ces dernières années, constructeurs de maisons individuelles compris. Derrière chaque procédure, il y a des familles qui ont engagé l’économie d’une vie et un prêt sur vingt ans.

La réponse courte : si vous avez signé un CCMI, avec ou sans fourniture de plan, la loi impose une garantie de livraison qui fait terminer votre maison au prix convenu. Mais elle ne se déclenche pas toute seule. Il faut agir vite, dans le bon ordre, avec les bonnes pièces. Voici la marche à suivre, lue par un expert bâtiment qui accompagne ces dossiers sur le terrain.

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01 · Réflexes immédiatsConstructeur en faillite : les premiers réflexes, dans l’ordre

Face à un chantier bloqué, deux réactions reviennent sans cesse : attendre en espérant que le constructeur reprenne, ou payer pour le relancer. Les deux aggravent la situation. La séquence ci-dessous suit la logique de la loi : chaque étape prépare la suivante, et la sauter fragilise tout le dossier.

Les 5 gestes qui sécurisent votre dossierDu jour J à J+2 mois
1
Jour J

Stoppez tout versement au constructeur

Aucun appel de fonds réglé, même présenté comme le dernier. L’argent partirait dans la procédure collective sans faire avancer la maison.

2
Sous quelques jours

Figez l’état du chantier

Constat de commissaire de justice, photos datées, relevé de toutes les sommes versées. C’est la référence de toutes les étapes suivantes.

3
Par recommandé

Mettez en demeure le constructeur

Terminer les travaux et régler les pénalités de retard. S’il est en procédure collective, adressez aussi le courrier à l’administrateur ou au liquidateur.

Modèle officiel Service-Public
4
Sans réaction

Saisissez le garant de livraison

Ses coordonnées figurent sur l’attestation annexée à votre CCMI. Il met à son tour le constructeur en demeure, puis désigne un repreneur 15 jours plus tard si rien ne bouge.

Article L.231-6 du CCH
5
Dans les 2 mois

Déclarez votre créance

Si un redressement ou une liquidation est ouvert, déclarez les sommes en jeu au mandataire judiciaire, dans les deux mois suivant la publication du jugement au Bodacc.

Délai de forclusion

Ne réglez plus rien au constructeur

C’est le réflexe numéro un, et le plus contre-intuitif. Un constructeur en difficulté peut réclamer un dernier versement en promettant de redémarrer. Ne cédez pas. Une fois l’entreprise en cessation des paiements, toute somme versée rejoint son patrimoine et se dilue entre l’ensemble de ses créanciers.

Concrètement, cet argent ne finance plus votre maison. Le solde du prix que vous devez encore servira à l’achèvement, versé selon les modalités fixées par le garant, pas au constructeur défaillant.

Chantier d'extension de maison à l'abandon en plein soleil, murs en parpaings sans toiture avec fers d'attente, échafaudage rouillé, tas de gravier, brouette renversée et herbes hautes après l'arrêt des travaux
Un chantier laissé en l’état : le premier réflexe est de le faire constater, pas de payer pour le relancer.

Faites constater l’état du chantier

Le constat d’un commissaire de justice, l’ancien huissier, fige l’état exact du chantier à une date certaine. Il distingue ce qui a été réellement construit de ce qui reste à faire. Cette photographie officielle évite plus tard de mélanger les travaux du constructeur défaillant et ceux de l’entreprise qui reprendra.

Sur le terrain, un chantier repris sans état des lieux préalable ouvre presque toujours des discussions sans fin sur qui a fait quoi. Le coût d’un constat reste modeste au regard des litiges qu’il évite. Complétez-le par vos propres photos datées et un tableau de toutes les sommes versées, avec les dates et les appels de fonds correspondants.

Mettez en demeure, puis saisissez le garant

La loi organise une séquence précise. Vous mettez d’abord le constructeur en demeure, par lettre recommandée, de terminer les travaux et de verser les pénalités de retard. Service-Public propose un modèle officiel de ce courrier. Sans réaction, vous saisissez le garant, dont le nom figure sur l’attestation de garantie de livraison annexée à votre contrat. Le garant met à son tour le constructeur en demeure et, 15 jours calendaires plus tard si rien ne bouge, désigne la personne qui terminera les travaux.

Déclarez votre créance dans les deux mois

Quand le tribunal ouvre un redressement ou une liquidation, vous devez déclarer votre créance au mandataire judiciaire dans les deux mois qui suivent la publication du jugement au Bodacc, le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Passé ce délai, votre créance peut être écartée. Cette démarche est juridique : un avocat en droit de la construction la sécurise.

À retenir

L’ordre compte autant que la vitesse : on arrête les paiements, on fige le chantier, on met en demeure, on saisit le garant, puis on déclare sa créance. Chaque étape nourrit la suivante.

02 · Lire la procédureSauvegarde, redressement, liquidation : ce que chaque procédure change pour vous

On dit faillite, mais le mot recouvre trois procédures très différentes. Savoir laquelle concerne votre constructeur change tout, car le sort de votre contrat n’est pas le même.

Sauvegarde

Difficultés anticipées

Pas encore de cessation des paiements. L’entreprise se réorganise sous la protection du tribunal.

Chantierpeut continuer, sous surveillance
Vousdocumentez et restez vigilant

Redressement

Cessation des paiements

On tente de sauver l’entreprise. Un administrateur judiciaire décide de poursuivre ou non les contrats en cours.

Chantiersuspendu à la décision de l’administrateur
Vousl’interrogez par écrit sur votre contrat

Liquidation

Fin d’activité

L’entreprise disparaît, ses actifs sont vendus. Elle ne reprendra jamais le chantier.

Chantierrepris via la garantie de livraison
Vousconcentrez tout sur le garant

Sauvegarde ou redressement : le contrat en suspens

Tant que l’entreprise est en sauvegarde ou en redressement, elle existe encore. L’administrateur judiciaire peut choisir de poursuivre les contrats en cours, dont le vôtre. C’est la situation la plus inconfortable : le chantier n’est ni mort ni vivant.

Vous n’êtes pas condamné à attendre. Le Code de commerce permet d’interroger l’administrateur par écrit sur la poursuite de votre contrat : sans réponse pendant plus d’un mois, le contrat est résilié de plein droit (article L.622-13). Cette résiliation clarifie la situation et ouvre la voie au garant. La démarche engage votre dossier, faites-la valider par votre avocat.

Maison de plain-pied en construction au stade hors d'eau, murs en parpaings bruts, toiture en tuiles terre cuite posée, fenêtres PVC blanches et échafaudage sur le pignon, sous un ciel bleu
Le stade atteint au moment de la défaillance pèse sur la reprise : une maison hors d’eau ne se relance pas comme des fondations à peine coulées.

Liquidation : paradoxalement, la situation la plus claire

En liquidation, le constructeur ne reprendra jamais votre chantier : l’entreprise cesse d’exister. C’est paradoxalement la situation la plus lisible. La garantie de livraison prend le relais, et le garant organise l’achèvement avec une autre entreprise. Toute votre énergie doit aller vers le garant.

Où trouver l’information officielle

Pour savoir où en est votre constructeur, consultez le Bodacc à partir de son numéro Siren. Vous y lirez le type de procédure, la date du jugement, le tribunal compétent et le nom du mandataire ou de l’administrateur. C’est la seule source fiable, bien plus que les rumeurs de chantier. La date de publication fait aussi courir votre délai de déclaration de créance.

« En liquidation, le constructeur ne reprendra jamais votre chantier. C’est paradoxalement la situation la plus lisible. »

03 · Votre bouclierLa garantie de livraison : ce qu’elle couvre et comment l’activer

C’est la pièce maîtresse du dispositif. Dans un CCMI, avec ou sans fourniture de plan, la garantie de livraison transforme une faillite subie en une reprise de chantier encadrée. Encore faut-il savoir exactement ce qu’elle paie, et ce qu’elle ne paie pas.

Le circuit de mise en jeu

Vous mettez en demeure le constructeur par recommandé
Vous saisissez le garant, identifié sur l’attestation annexée au CCMI
15 jours calendaires sans réponse du constructeur
Le garant désigne le repreneur qui terminera les travaux
Maison achevée au prix convenu, garantie éteinte à la réception ou à la levée des réserves

Ce que le garant prend en charge

L’inexécution et la mauvaise exécution des travaux prévusmalfaçons avant réception incluses
Les dépassements du prix nécessaires à l’achèvementfranchise possible, 5 % du prix au maximum
Les conséquences des paiements anticipés imputables au constructeur
Les pénalités de retard contractuellessi le retard dépasse 30 jours

Ce qu’il ne prend pas en charge, sauf clause contraire

Les préjudices distincts du coût d’achèvementintérêts intercalaires, loyers, relogement
Un simple désaccord avec le constructeuril faut une défaillance réelle

Ce qu’elle couvre exactement

Prévue par l’article L.231-6 du Code de la construction et de l’habitation, la garantie de livraison est une caution solidaire donnée par une banque ou une entreprise d’assurance agréée. Elle couvre le maître d’ouvrage, dès l’ouverture du chantier, contre l’inexécution ou la mauvaise exécution des travaux prévus au contrat, à prix et délais convenus. Les malfaçons constatées avant la réception entrent donc dans son champ.

En cas de défaillance, le garant paie les dépassements du prix nécessaires à l’achèvement, avec une franchise possible de 5 % du prix convenu au maximum, selon ce que prévoit votre attestation. Il assume aussi les conséquences des paiements anticipés imputables au constructeur, et les pénalités de retard quand la livraison dépasse de plus de 30 jours la date prévue. Commencer le chantier sans cette garantie est un délit pour le constructeur, puni de deux ans d’emprisonnement (article L.241-8 du même code).

Couple assis à une table en bois clair relisant son contrat de construction de maison individuelle et le classeur de ses annexes, stylo en main, dans le bureau d'un constructeur
L’attestation de garantie de livraison se trouve dans les annexes du CCMI : c’est la première pièce à ressortir quand le constructeur défaille.

Comment l’activer sans faux pas

Vous pouvez mettre la garantie en jeu dès que le délai de livraison n’est pas respecté, ou que les travaux de levée des réserves ne sont pas réalisés. Inutile d’attendre le jugement du tribunal. En revanche, le garant n’intervient qu’en cas de défaillance réelle du constructeur, pas pour trancher une simple mésentente (Cass. 3e civ., 15 juin 2022, n° 21-12.733). Votre courrier doit donc s’appuyer sur des faits matériels : chantier arrêté, mise en demeure restée sans effet, entreprises impayées, procédure collective publiée.

Si votre maison a atteint le stade hors d’eau, le garant peut confier l’achèvement à une entreprise et, avec votre accord, lui verser directement les sommes dont il est redevable. Méfiez-vous en revanche d’une proposition de transaction amiable : l’ANIL décrit des accords où le garant propose de traiter directement avec des entreprises, en échange de l’abandon de vos droits à la garantie. Avant de signer quoi que ce soit, faites vérifier que les devis joints couvrent vraiment tout le reste à faire.

Ce qu’elle ne couvre pas, et la garantie de remboursement

La garantie de livraison finance l’achèvement, pas l’ensemble de vos préjudices. Sauf clause contraire, le garant n’a pas à payer les dommages distincts du coût d’achèvement, comme les intérêts intercalaires du prêt ou un loyer payé plus longtemps que prévu (Cass. 3e civ., 13 avril 2023, n° 21-21.106). Ces préjudices se réclament au constructeur, via votre déclaration de créance. Si enfin le chantier n’a jamais démarré, c’est la garantie de remboursement qui joue, pour les sommes versées avant l’ouverture du chantier.

À retenir

La garantie de livraison fait achever la maison au prix convenu, malfaçons avant réception comprises, avec une franchise de 5 % au plus. Elle s’active après une mise en demeure restée sans effet, sur la base d’une défaillance réelle.

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04 · Frapper à la bonne porteNe confondez pas garantie de livraison et garantie décennale

C’est la confusion la plus répandue, et l’une des plus coûteuses en temps. En découvrant la faillite, beaucoup de propriétaires pensent d’abord à la décennale ou à l’assurance dommages-ouvrage. Or chaque garantie a sa fenêtre dans le temps, et la réception des travaux en est la charnière.

Frise des garanties d’une maison en CCMI

Avant la réception, une seule garantie joue face à la faillite

Frise chronologique des garanties de construction La garantie de livraison couvre de l’ouverture du chantier jusqu’à la réception ou la levée des réserves. Après la réception viennent la garantie de parfait achèvement d’un an, la biennale de deux ans et la décennale de dix ans. Une faillite en cours de chantier relève donc de la garantie de livraison. PENDANT LE CHANTIER APRÈS LA RÉCEPTION Garantie de livraison L.231-6 CCH Parfait achèvement Biennale, équipements Décennale, solidité de l’ouvrage (art. 1792 C. civ.) Ouverturedu chantier Réceptionou levée des réserves +1 an +2 ans +10 ans Faillite ici = garantie de livraison
Faites glisser pour voir toute la frise

L’assurance dommages-ouvrage préfinance les désordres de nature décennale : elle n’a pas vocation à faire achever une maison inachevée.

Achever contre réparer

La garantie de livraison répond à une seule question : qui termine ma maison si le constructeur disparaît. La garantie décennale, prévue à l’article 1792 du Code civil, répond à une tout autre question : qui répare les désordres graves qui apparaissent dans les dix ans suivant la réception. L’une concerne l’achèvement et les défauts du chantier en cours, l’autre les désordres d’un ouvrage déjà réceptionné.

Face à un chantier abandonné avant réception, c’est la garantie de livraison qui joue, jamais la décennale. Notre guide sur la garantie décennale et ce qu’elle couvre vraiment détaille le régime qui prend le relais après la réception.

Angle de mur intérieur blanc dans un logement neuf vide, petit repère en ruban adhésif orange collé au-dessus de la plinthe pour signaler une réserve, carrelage grand format beige et baie vitrée à châssis noir
Le ruban de repérage d’une réserve : tant qu’elle n’est pas levée, la garantie de livraison reste en jeu.

Le piège de la dommages-ouvrage

L’assurance dommages-ouvrage préfinance la réparation des désordres de nature décennale, sans attendre qu’un responsable soit désigné. Précieuse après la réception, elle n’a pas vocation à faire achever une maison inachevée. La solliciter à la place du garant fait perdre des semaines, pendant que le prêt court et que le chantier se dégrade aux intempéries.

La réception, charnière de toutes vos garanties

La garantie de livraison ne s’éteint qu’à la réception constatée par écrit, prolongée jusqu’à la levée des réserves s’il y en a. Après une reprise, cette réception est donc décisive : une réserve oubliée ce jour-là sort du champ du garant. Faites-vous assister par un professionnel et appuyez-vous sur notre checklist de réception de maison neuve. Une réception signée sans réserve peut vous priver de recours précieux.

À retenir

Avant la réception, face à une faillite, seule la garantie de livraison joue. Décennale et dommages-ouvrage ne prennent le relais qu’après. Et la réception elle-même doit être préparée : c’est elle qui éteint la garantie.

« La difficulté d’une faillite de constructeur n’est pas d’abord juridique, elle est technique. »

05 · L’allié techniqueLe rôle de l’expert bâtiment face au garant

La difficulté d’une faillite de constructeur n’est pas d’abord juridique, elle est technique. L’avocat sécurise la procédure et la déclaration de créance. Mais qui vérifie, sur place, ce qui a vraiment été construit, ce qui reste à faire, ce qui a été mal fait, et ce que tout cela vaut ? C’est là qu’un expert bâtiment indépendant change l’issue du dossier.

Coupe schématique d’un chantier à reprendre

Trois natures de travaux que l’expert sépare, poste par poste

Coupe d’une maison inachevée annotée par l’expert Les fondations et les murs réalisés correctement sont repérés 1, la charpente et la couverture non exécutées sont repérées 2 en pointillés, une fissure en malfaçon sur un mur est repérée 3. h 1 2 3 ÉTAT CONSTATÉ À LA DATE DE LA DÉFAILLANCE
1

Bien construit

Conforme et déjà financé. À ne jamais payer une seconde fois.

2

Non exécuté

Le reste à faire, à chiffrer. Financé par le solde du prix, le dépassement revenant au garant.

3

Mal exécuté

La malfaçon avant réception entre dans la garantie de livraison. Elle doit être reprise par le garant, pas laissée à votre charge.

Chaque catégorie suit un traitement différent. Les séparer poste par poste, pièces à l’appui, c’est précisément le travail de l’expert.

Le garant établit son propre chiffrage du coût d’achèvement, puisque c’est lui qui en supporte le dépassement. Disposer de votre propre évaluation vous permet de dialoguer d’égal à égal. Pour commencer, l’outil ci-dessous confronte vos versements au plafond légal de l’échéancier du CCMI.

Outil gratuit

Vos versements respectaient-ils l’échéancier légal ?

Hors terrain, avenants signés inclus
Dépôt de garantie compris
Le stade constaté sur place, pas celui annoncé par le constructeur
0 %100 % du prix
Plafond légal à ce stade
Reste du prix à ne plus verser au constructeur
Franchise maximale sur les dépassements

Barème de l’article R.231-7 du Code de la construction et de l’habitation, applicable au CCMI avec fourniture de plan hors préfabrication (barème spécifique à l’article R.231-7-1). Avant l’ouverture du chantier, des versements ne sont possibles que dans les limites prévues avec une garantie de remboursement. Résultat indicatif, qui ne remplace ni une expertise sur place ni un conseil juridique. La franchise réelle est celle indiquée sur votre attestation, dans la limite de 5 %.

Faire vérifier mon dossier : 06 51 97 84 45

Chiffrer le reste à faire, poste par poste

Un chantier abandonné mélange trois choses : ce qui est bien construit, ce qui n’a pas été fait, et ce qui a été mal fait. La distinction est capitale. Le bien construit est déjà payé. Le non exécuté est financé par votre solde, le dépassement revenant au garant. Et la malfaçon avant réception relève de la garantie de livraison : elle doit être reprise dans le cadre de l’achèvement, pas glisser discrètement à votre charge.

Un expert sait reconnaître une malfaçon et la séparer d’un simple ouvrage inachevé. Il relève les non-conformités au contrat et à la notice descriptive, mesure, photographie, et produit un rapport opposable que le garant ne peut pas ignorer. Si le désaccord persiste, ce rapport devient la base d’une expertise contradictoire ou judiciaire.

Main posant un niveau à bulle en aluminium vert sur l'appui en béton brut d'une fenêtre PVC blanche pour contrôler son horizontalité, radiateur blanc et sol béton de chantier
Contrôler, mesurer, trancher : conforme, non exécuté ou mal exécuté. Cette lecture de terrain protège votre solde.

Ne jamais payer deux fois

Le risque le plus concret : régler une seconde fois un ouvrage déjà payé au constructeur défaillant, parce que personne n’a tracé précisément ce qui avait été financé. Le croisement de votre échéancier, des appels de fonds réglés et de l’état réel du chantier verrouille ce point. C’est un travail de terrain, pas de bureau.

Seul face au garant, un maître d’ouvrage subit son chiffrage. Accompagné, il discute chaque poste, signale un oubli, conteste une sous-évaluation. Chez Score Expertises, nous intervenons à cette étape, en complément de l’avocat, dans le prolongement de notre suivi des travaux et de notre assistance CCMI et VEFA, jusqu’à la réception de la maison achevée.

À retenir

Le garant chiffre lui-même l’achèvement. Une évaluation technique indépendante sépare le fait, le non-fait et le mal-fait, pour que vous ne payiez ni deux fois ni une malfaçon qui relève du garant.

06 · Le cas fragileEt si vous n’êtes pas en CCMI ?

Tout ce qui précède suppose un contrat de construction de maison individuelle. Certains projets échappent à ce cadre, souvent sans que le maître d’ouvrage l’ait compris. Et la protection n’est alors plus du tout la même.

Protégé

Vous avez signé un CCMI

Garantie de livraison obligatoire, avec ou sans plan
Un garant fait achever la maison au prix convenu
Versements plafonnés par un échéancier légal
Régime d’ordre public, quel que soit le titre du contrat
Exposé

Vous êtes hors CCMI

Aucune garantie de livraison
Reprise par le droit commun, plus longue et incertaine
Assurances de chaque entreprise à mobiliser une à une
Accompagnement juridique indispensable

Pas de CCMI, pas de garantie de livraison

Un contrat de maîtrise d’œuvre, ou des marchés signés séparément avec chaque corps de métier, ne comportent pas de garantie de livraison. Si l’un des intervenants fait faillite, aucun garant n’est tenu d’achever la maison au prix convenu. Chaque lot défaillant se règle alors séparément.

Si vous découvrez en relisant votre dossier que votre contrat n’est pas un CCMI alors que votre projet en relève, c’est un signal d’alerte majeur. Le régime du CCMI est d’ordre public : un projet qui en remplit les critères doit en suivre les règles, quel que soit le titre donné au document. Nos pages sur les mentions obligatoires du CCMI et sur les clauses à vérifier avant de signer détaillent ces critères.

Maître d'ouvrage feuilletant son contrat de construction de maison individuelle et ses annexes sur le capot d'une voiture, devant sa maison en briques en cours de construction, toiture en tuiles posée, en plein soleil
La nature du contrat se vérifie avant de signer : c’est elle qui décide si un garant vous protège le jour où tout s’arrête.

CCMI signé sans garantie : pensez à la banque

Autre cas, plus rare : un vrai CCMI dont la garantie de livraison n’a jamais été fournie. La loi interdit au prêteur de débloquer les fonds sans avoir reçu l’attestation de garantie (article L.231-10 du Code de la construction et de l’habitation). S’il l’a fait, sa responsabilité peut être engagée, et la Cour de cassation a jugé que ce manquement cause un préjudice certain en cas de défaillance du constructeur (Cass. 3e civ., 11 mai 2023, n° 21-23.859).

Les recours qui restent, et la leçon pour l’avenir

Hors CCMI, la reprise s’appuie sur le droit commun : assurances de chaque entreprise, action contre les intervenants encore solvables, responsabilité éventuelle du maître d’œuvre. C’est plus long, plus incertain, et un avocat en droit de la construction devient indispensable.

Ce contraste rappelle que la nature du contrat se vérifie en amont. Faire relire un CCMI pendant le délai de rétractation de dix jours coûte le prix d’une expertise. Découvrir après coup qu’on n’était pas protégé peut coûter la maison.

À retenir

Hors CCMI, pas de garantie de livraison : la reprise passe par le droit commun. Et un CCMI financé sans attestation de garantie peut engager la responsabilité de la banque qui a débloqué les fonds.

07 · AnticiperLes signaux qui doivent vous alerter avant la faillite

Une faillite de constructeur arrive rarement du jour au lendemain. Des signaux la précèdent, souvent plusieurs semaines avant le jugement. Les repérer permet de réunir ses preuves et de cesser de payer à temps.

Appels de fonds en avance

Un versement réclamé avant l’achèvement du stade correspondant, ou au-delà du barème légal, trahit souvent une tension de trésorerie.

Artisans qui ne sont plus payés

Des sous-traitants qui quittent le chantier ou confient ne plus être réglés : c’est le signal le plus fiable.

Chantier qui s’essouffle

Équipes qui se raréfient, livraisons de matériaux qui cessent, planning qui glisse sans explication écrite.

Interlocuteur qui se dérobe

Appels sans réponse, conducteur de travaux remplacé, promesses orales jamais confirmées par écrit.

Documenter dès le premier doute

Au moindre doute, commencez à documenter : photos datées à chaque visite, échanges par écrit plutôt qu’au téléphone, tableau des sommes versées et des stades réellement atteints. Avant de régler un appel de fonds, vérifiez sur place que le stade facturé est bien achevé. L’outil de l’échéancier ci-dessus vous donne le plafond légal en quelques secondes.

Un regard extérieur, à ce stade, fait souvent la différence entre un dossier prêt à activer la garantie et un dossier reconstitué dans l’urgence. Il permet aussi de faire constater, pendant qu’il est encore temps, les malfaçons avant réception des travaux, qui relèvent elles aussi de la garantie de livraison.

Plan d'architecte d'une maison déplié sur le capot blanc d'une camionnette avec un mètre ruban jaune et noir, lors d'une visite de chantier en plein soleil, palettes de bois et gravier en arrière-plan
Plans en main à chaque visite : comparer le chantier réel au stade facturé, c’est la meilleure alerte précoce.

Si les signaux s’accumulent, cessez de payer tout ce qui dépasse le barème légal et adressez vos réserves par écrit. Le jour où la procédure collective sera publiée, vous aurez déjà en main les preuves dont le garant a besoin.

08 · FAQVos questions sur la faillite du constructeur

Mon constructeur a fait faillite, vais-je perdre ma maison ?

Non, si vous avez signé un CCMI, avec ou sans fourniture de plan. La garantie de livraison obligatoire fait achever la maison au prix convenu, même en cas de liquidation : le garant désigne une autre entreprise pour terminer le chantier. Le vrai risque n’est pas de perdre la maison, mais de perdre du temps et de l’argent si la garantie est mal activée.

Faut-il attendre le jugement de liquidation pour saisir le garant ?

Non. Vous pouvez mettre la garantie en jeu dès que le délai de livraison n’est pas respecté ou que les travaux de levée des réserves ne sont pas faits, après une mise en demeure du constructeur restée sans effet. Il faut en revanche démontrer une défaillance réelle, et non un simple désaccord : chantier arrêté, entreprises impayées, courriers sans réponse.

Le garant peut-il me demander un supplément pour finir la maison ?

Vous restez redevable du solde du prix convenu qui n’a pas encore été versé. Le garant prend en charge les dépassements nécessaires à l’achèvement, mais une franchise peut rester à votre charge, dans la limite de 5 % du prix convenu, selon votre attestation. Le piège est de payer deux fois un ouvrage déjà réglé : un contrôle technique du chiffrage l’évite.

Le garant rembourse-t-il mes intérêts intercalaires et mon loyer ?

En principe non. Sauf clause contraire du contrat de garantie, le garant n’a pas à indemniser les préjudices distincts du coût d’achèvement, comme les intérêts du prêt ou un loyer prolongé. Il verse en revanche les pénalités de retard prévues au contrat quand le retard dépasse 30 jours. Les autres préjudices se réclament au constructeur, via votre déclaration de créance.

Le garant me propose un accord amiable, dois-je signer ?

Pas avant d’avoir fait vérifier les devis. Ce type de transaction consiste souvent à traiter directement avec des entreprises proposées par le garant, en renonçant à la garantie. Si les devis sous-estiment le reste à faire ou oublient des malfaçons, l’écart sera pour vous. Un chiffrage indépendant et l’avis d’un avocat s’imposent avant toute signature.

Dois-je continuer à rembourser mon prêt immobilier ?

Oui, le prêt reste dû. Le Code de la consommation permet toutefois de demander au juge la suspension des échéances lorsque l’exécution du contrat financé est contestée ou perturbée. La dette n’est pas effacée pour autant. Cette démarche est juridique : parlez-en à votre avocat et à votre banque sans attendre.

Quelle différence entre garantie de livraison et garantie décennale ?

La garantie de livraison couvre la période du chantier, de son ouverture jusqu’à la réception ou la levée des réserves : achèvement, malfaçons, dépassements, retards. La garantie décennale couvre les désordres graves pendant dix ans après la réception. Face à une faillite en cours de chantier, c’est la garantie de livraison qui s’applique.

Combien coûte l’accompagnement d’un expert dans ce cas ?

La majorité de nos expertises sont facturées 590 € TTC, y compris l’évaluation d’un chantier à reprendre après une faillite. Ce tarif est un choix : rester accessible dans un marché francilien très concurrentiel. Le devis ne dépasse ce montant que dans des cas spécifiques, comme les très grandes copropriétés. Le premier diagnostic téléphonique est gratuit et sans engagement.

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Diagnostic téléphonique gratuit, sans engagement. Chaque dossier est unique : on commence par écouter le vôtre.

Rédigé par l’expert

Mustapha Doukhi

Architecte · 35 ans d’expérience · CCMI, suivi de chantier et réception

Architecte depuis 35 ans, Mustapha Doukhi accompagne en Île-de-France les maîtres d’ouvrage dont le chantier s’arrête : lecture du CCMI et de ses annexes, chiffrage indépendant du reste à faire, distinction entre travaux non exécutés et malfaçons, jusqu’à la réception de la maison achevée.

Sources officielles et références